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On commence à la connaître, Ariane: on l’attend à un endroit et c’est à un autre qu’elle apparaît. Avec Tous les sens, un troisième album que ses fans n’en pouvaient plus d’attendre, l’inclassable artiste relève le pari de réinventer son vocabulaire musical tout en nous donnant de nouveau ce qui nous plaît depuis le début: langue intimiste et lucide, mélodies follement inspirées, timbre de voix unique.

Son titre l’indique. Tous les sens est un disque infiniment sensuel. Naviguant entre musique roots et techno. Ariane Moffatt y chante le goût, celui du nouveau, du bon temps, du risque; la vue, celle du beau comme de ce qui défigure le monde; le toucher, comme dans toucher amoureux, toucher au point sensible, toucher droit au coeur... Au final, ce sont bien sûr nos oreilles et notre esprit qui sont grisés.

Comment résister à la tonique et mégalomane Je veux tout, ce premier extrait qui fait actuellement un malheur an radio, ou encore à la bédéesque Réverbère, envolée entre manga et réalité sur fond de batterie sixties. Plus loin, Jeudi, 17 mai, formée de titres d’articles authentiques pigés dans les journaux d’un authentique 17 mai, nous laisse, comme les manchettes du jour, entre le frivole et le douloureux: “Je n’invente rien I c’est la presse qui parle I ce 17 mai au matin I y a que des rimes pauvres dans mon journal”.

Ariane a écrit et composé la majeure partie des l2 titres de l’album, mais Tous les sens porte aussi les fruits d’une étroite collaboration entre elle et Franck Eleweare, cet auteur-compositeur français vivant depuis quelques années à Montréal. De cette rencontre sont nées la très métaphorique Fille de l’iceberg, chanson d’ouverture, ainsi que Tes invectives et L’Équilibre. Notons aussi la collaboration à deux musiques de Jean-Phi Goncalves, lui dont l’album tout entier porte la signature puisqu’il en signe, avec Ariane, l’impeccable réalisation.

Une fois de plus bien entourée, Ariane Moffatt a pu compter sur des musiciens talentueux, tels ses amis et membres de la formation Plasters (Jean-Phi bien sûr, mais aussi Alex McMahon aux claviers et arrangements et François Plante, bassiste de haut vol ainsi que son plus loyal acolyte Joseph “J” Marchand (toujours à la guitare). En résulte une production accomplie, traversée par des arrangements vocaux aériens ou pointillistes, par des cuivres plus vrais que nature [sous le souffle inspiré de Jean-Nicolas Trottier, de même que par les couleurs d’un quatuor à cordes qui confèrent aux chansons une saveur toute gainsbourienne.

Étoffés, les arrangements n’en sont pas moins ouverts, oxygénés, faisant de Tous les sens un album à la fois luxuriant et minimal, fou et maîtrisé. Très Ariane Moffatt, quoi !
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